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En Afrique du nord, beaucoup de lois qui visent la lutte contre la cybercriminalité privent beaucoup de citoyens de la jouissance de leurs droits fondamentaux.

L’utilisation massive des réseaux sociaux constitue un couteau à double tranchant. Dans certains cas, cela a permis le changement du régime politique anti-démocratique dans certains pays. Dans d’autres situations, cela a contribué à la désinformation.

L’exercice des libertés d’association et de réunion ne se limite plus seulement à des rencontres physiques. De plus en plus l’Internet est utilisé comme moyen pour exercer ces libertés.


Dans plusieurs pays, les garanties constitutionnelles portant sur les libertés d’association et de réunion sont souvent compromises par l’adoption de certaines lois.

Souvent, il s’agit de lois contre la calomnie et la diffamation qui infligent des sanctions sévères et qui prêtent à des intrigues politiques. L’Internet et les réseaux sociaux ont accru la capacité de la société civile à exprimer son opinion. Cependant certaines libertés publiques semblent de plus en plus mises en péril dans cet univers numérique. Ce dernier est fréquemment soumis à de nouvelles dispositions juridiques qui lui sont souvent néfastes.


Garanties constitutionnelles des libertés d’association et de réunion


Parallèlement à la liberté d’association, les pays d’Afrique du Nord disposent de constitutions qui garantissent le droit à la liberté de réunion pacifique. De même que pour la liberté d’association, ces lois fondamentales disposent souvent des restrictions à cette liberté. Elles sont liées en général à la sécurité publique, à l’ordre public et à la morale.

Encore une fois, il y a d’importants écarts entre les dispositions constitutionnelles ainsi que légales et la pratique. Au niveau législatif, la distinction principale entre les pays d’Afrique du Nord se situe au niveau des obligations que doivent respecter les OSC pour organiser une réunion publique. Dans certains pays, elles ont besoin d’une autorisation préalable et dans d’autres, il suffit d’une simple notification informant les autorités de la tenue d’une assemblée.


En Égypte


Au titre de la Loi n° 70 de 2017, les personnes qui ne font pas enregistrer leurs ONG sont passibles d’une peine d’emprisonnement et d’une amende. Ce même texte précise que « la création ou la gestion d’un organisme exerçant des activités décrites dans cette loi comme des activités de la société civile sous toute autre forme que celles décrites dans la loi » est passible d’une peine d’un an à cinq ans de prison et d’une amende de 50 000 à un million de livres égyptiens (2 800 à 56 000 dollars).


M. Mohamed al taher de l’association pour la liberté de pensée et d’expression affirme : « Jusqu’à présent, la loi n° 70 n’a pas directement affecté le travail de notre organisation, car nous sommes un cabinet juridique et sommes donc soumis à d’autres réglementations. Cependant, nous constatons que les organisations indépendantes de la société civile en Égypte font l’objet de harcèlement, d’hostilité et d’une pression constante de l’État, en vue de limiter leurs activités, les fermer ou les pousser à partir à l’étranger. Toutes les organisations égyptiennes de défense des droits humains enregistrées en tant qu’associations sont dans l’incapacité de mener leurs activités, en raison des obstacles qu’elles rencontrent pour obtenir des financements étrangers et de l’interférence des forces de sécurité. »

En 2013, l’Égypte a adopté la Loi N° 107 sur le droit à des réunions publiques, les marches et manifestations qui imposent des restrictions aux manifestants et aux organisateurs de manifestation. L’Article 10 de la nouvelle loi permet au Ministère de l’Intérieur de s’opposer à l’organisation de manifestations basées sur des motifs vagues, telles que des informations sur les menaces à la sécurité ou à la paix. En conséquence, le droit des individus de se réunir pacifiquement dépend de l’obtention de l’autorisation préalable des agents de l’ordre et/ou de sécurité.


Aussi, la Loi n° 70 de 201765 a maintenu les restrictions et réglementations des organisations internationales de la société civile imposant des obstacles injustifiés à l’enregistrement des organisations, puisque les autorités peuvent rejeter les demandes d’enregistrement des ONG pour des motifs vagues. La loi permet également aux autorités de dissoudre des ONG et d’engager des poursuites pénales contre les membres du personnel de ces ONG pour des infractions formulées en des termes vagues comme « atteinte à l’unité nationale et trouble à l’ordre public ».

Le haut-commissaire aux droits de l’homme ONU a souligné : « la nouvelle législation impose des restrictions si sévères à la société civile qu’elle transfère concrètement la direction des ONG au gouvernement. Le rôle crucial de ces ONG (responsabiliser l’État en matière d’obligations relatives aux droits de l’homme) a déjà été gravement entravé par le gel des avoirs, les interdictions de voyager, les campagnes de diffamation et les poursuites. Cette nouvelle loi resserre encore l’étau ».

En Algérie


La loi Algérienne sur les Réunions et Manifestations Publiques (1990) exige que les manifestants informent le gouverneur huit jours avant l’événement prévu. Le Gouverneur a le droit de rejeter la demande par écrit cinq jours avant la date prévue sans préciser les motifs pour lesquels la demande a été rejetée. En outre, comme la loi Libyenne, cette Loi ne reconnaît pas les manifestations spontanées et les considère comme une infraction punissable. Il interdit également toute réunion ou manifestation censée de s’opposer aux symboles nationaux, à l’ordre public, à la morale publique ou à la Révolution de Novembre. Cependant, contrairement à la loi Libyenne, l’Algérie permet aux organisateurs le droit de faire appel devant le tribunal administratif pour contester la décision d’interdiction.


La Lybie


Elle a également restreint la liberté de protester en utilisant les règlements administratifs. Les Articles 2 et 3 de la Loi N° 65, adoptés en 2012 et régissant les manifestations publiques, interdisent les rassemblements qui pourraient conduire à l’obstruction des services publics sans que le gouvernement doive fournir d’autres emplacements. Les autorités utilisent l’excuse de l’obstruction pour restreindre la jouissance de ce droit.

L’Article 5 de la même loi exige que les organisateurs des réunions et manifestations notifient aux autorités concernées quarante-huit heures avant l’événement et donnent aux autorités le pouvoir de modifier l’heure et le lieu de la manifestation en vertu de l’Article 6.

Par exemple, la Loi sur les associations en Libye stipule que le nombre de fondateurs devrait être d’au moins 50. La loi sur l’association Algérienne (1990) a des exigences strictes en matière d’adhésion aux niveaux municipal, étatique et national.


Par exemple, les organisations nationales doivent avoir 25 membres pour des associations et au moins 12 sections dans différents états. La société civile et les ONG sont confrontées à des problèmes de fermeture arbitraire et de radiation d’associations par le biais d’ordonnances administratives sans décision judiciaire. Les normes internationales exigent que de telles décisions sur la fermeture ou la radiation d’organisations ne soient effectuées qu’après l’achèvement de toute la procédure judiciaire, y compris l’épuisement de toutes les voies d’appels et/ou de recours. Toutefois, les lois en vigueur dans les pays couverts par la présente étude ne suivent pas ces directives.


En Mauritanie


Au titre du cadre juridique actuel relatif aux associations, des dizaines d’organisations œuvrant en faveur de la promotion et de la défense des droits humains se sont vues refuser l’autorisation de mener leurs activités. Parmi ces organisations, figurent l’association de jeunes pour la démocratie Kavana « Ça suffit », l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), mouvement de lutte contre l’esclavage, et le Collectif des veuves de Mauritanie, association regroupant les proches de victimes d’exécutions extrajudiciaires. La loi actuelle est arbitraire et opaque, ce qui permet aux autorités de cibler les groupes qui expriment des opinions dissidentes, notamment les groupes de défense des droits humains qui font campagne pour mettre un terme à l’esclavage et à la discrimination.


De plus, les organisations doivent obtenir l’autorisation préalable du ministère de l’Intérieur avant de pouvoir mener leurs activités. Bien que les organisations n’ayant pas obtenu cette autorisation soient tolérées, leurs membres et les personnes participant à leurs activités vivent dans la crainte d’être poursuivis en justice en raison de cette situation illégale ou de ne pas pouvoir recevoir de financement. Des dizaines de défenseurs des droits humains ont été arrêtés arbitrairement en raison de leur appartenance à des associations non autorisées.


Maroc

La loi Marocaine sur l’Assemblée Publique (1958) exige aux organisateurs d’obtenir une autorisation préalable au moins trois jours ouvrables avant la date d’une manifestation proposée. Les autorités administratives sont habilitées à interdire la manifestation si elles pensent que cela va perturber la sécurité publique et toute manifestation non autorisée entraîne une peine d’emprisonnement allant d’un à six mois et une amende allant de 250 à 5,000 dirhams (26 - 520 USD). Les mêmes sanctions s’appliquent à quiconque participe à une manifestation non autorisée, fournit de fausses informations sur la manifestation ou organise une manifestation, soit avant le dépôt de la demande, soit après que l’événement ait été interdit. Il existe également des restrictions administratives telles que l’exigence pour l’organisation d’avoir un nombre minimum de fondateurs.


Conclusion


En Afrique du Nord, la législation régissant les associations porte atteinte à la liberté inhérente de pratiquer ce droit en imposant l’approbation préalable des autorités avant qu’une organisation ne soit reconnue comme légitime. Les lois actuelles exigent que les personnes qui souhaitent créer une ONG suivent des procédures spécifiques et soumettent une demande aux organismes de réglementation dans leurs pays respectifs. Dans des pays comme l’Égypte, la Libye, l’Algérie et le Maroc, la société civile doit fournir des informations sur les fondateurs et le Statut de l’Organisation.

Les lois régissant une association en Egypte, en Algérie et au Maroc habilitent les services de sécurité à effectuer des vérifications d’antécédents sur les fondateurs d’une association et leurs activités avant l’approbation de l’enregistrement.

En outre, les ministères chargés des affaires intérieures ont la capacité d’approuver ou de rejeter les fondateurs ainsi que les objectifs et les domaines de travail d’une organisation.

Au Maroc et en Algérie, le ministère public a la possibilité de s’opposer à la création d’une association ou de révoquer l’autorisation d’une association avant même qu’elle ne commence son activité.


Les autorités freinent souvent les tentatives d’enregistrement des associations en refusant de délivrer les documents appropriés qui pourraient permettre aux associations de prouver leur personnalité juridique. De telles actions obligent les associations à agir en-dehors du cadre de la loi, ce qui les expose à des conséquences juridiques.

Avoir la liberté de presse, c’est l’objectif pour lequel se battent de nombreux individus et associations à travers le monde. Si le travail que font les quotidiens à divers niveaux sont aujourd’hui d’une utilité indubitable, la liberté de presse conserve son mal-être et demeure en grand péril face aux machinations et aux perfidies des acteurs politiques véreux. Ne dérogeant pas à la tradition, le continent noir est secoué par ce mal qui sévit notamment en Afrique du Nord. Cet article vous offre un tour d’horizon sur la situation des journalistes et blogueurs en Afrique du Nord. Sont-ils en sécurité ?


Les accusations de terrorisme à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme sont fréquentes. Les blogueurs et les journalistes nationaux et internationaux sont particulièrement visés. Certaines accusations se limitent à la sphère publique (stigmatisation), d’autres sont de nature pénale. Des Lois sur l’atteinte à la sécurité de l’Etat ont été utilisées pour emprisonner des journalistes et blogueurs pour avoir exercé pacifiquement leur liberté d’association. La Commission Africaine a ouvertement exprimé des préoccupations quant aux « restrictions excessives portées à la défense des droits humains ».

Mauritanie

Cheikh Ould Jiddou et Abderrahmane Weddady, deux blogueurs ayant dénoncé sur Facebook la corruption présumée du gouvernement ont été arrêtés le 22 mars, inculpés de diffamation et détenus à la prison centrale de Nouakchott.

Par la suite, ils ont été libérés sous caution respectivement le 3 juin et le 29 juillet après que le juge a abandonné toutes les charges qui avaient été retenues contre eux.

Le 23 juin, lendemain de l’élection présidentielle, l’accès à Internet a été bloqué après que le candidat du parti au pouvoir, Mohamed Ould Ghazouani, s’est déclaré vainqueur. Tandis que les manifestations étaient réprimées, le blocage de l’accès à Internet a empêché les journalistes, les défenseurs des droits humains, les militants et les membres de l’opposition d’obtenir et d’échanger des informations librement. Ce n’est que le 03 juillet que l’accès à Internet a été rétabli. Dans les jours qui ont suivi le scrutin présidentiel, plusieurs journalistes, personnalités de l’opposition et militants de la société civile ont été arrêtés sans raison. Il s’agissait notamment de :

- Samba Thiam, dirigeant des Forces progressistes pour le changement, arrêté le 24 juin et libéré le 3 juillet ;

- Cheikhna Mohamed Lemine Cheikh, responsable de campagne de la Coalition Sawab/Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste à Ksar, arrêté le 24 juin et libéré le 2 juillet ;

- Yahya Sy, du groupe de défense des droits humains COVISSIM, arrêté le 3 juillet et relâché sans inculpation six jours plus tard ;

- Moussa Seydi Camara, journaliste, arrêté le 26 juin, accusé d’avoir contesté les résultats du scrutin et libéré le 3 juillet ;

- Ahmedou Ould Wediaa, militant antiesclavagiste, journaliste et membre du parti d’opposition Tawassoul, arrêté le 3 juillet à la suite de déclarations contre les arrestations collectives d’étrangers que les autorités considéraient comme responsables des manifestations liées à l’élection.


Ce dernier a été remis en liberté le 15 juillet. Dix militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste ont également été arrêtés fin juin. Quatre ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement. Ils ont tous été relâchés en novembre. On a également le cas de Mohamed Mkhaïtir, blogueur et prisonnier d’opinion arrêté en 2014 pour avoir publié un billet de blog dénonçant la discrimination au nom de la religion. Il a été libéré le 29 juillet après plus de cinq ans de détention arbitraire. Dix militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste ont également été arrêtés fin juin. Quatre ont été condamnés à trois mois d’emprisonnement et tous ont tous été relâchés en novembre.

Par ailleurs, les autorités ont interdit les manifestations que des groupes d’opposition avaient prévu de tenir le 27 juin pour contester les résultats de l’élection présidentielle du 22 juin. En octobre, la police a eu recours à une force excessive pour disperser des manifestations pacifiques organisées par des étudiants contre une décision prise en 2018 par les pouvoirs publics. Celle-ci limitait les inscriptions à l’université. Des dizaines d’étudiants et étudiantes ont été blessés avant que la mesure restrictive en question ne soit annulée le 6 novembre. Les manifestations organisées pendant l’année par un groupe de victimes d’escroqueries présumées à la propriété ont souvent été dispersées avec violence par les forces de sécurité. Mohamed Mkhaïtir, blogueur et prisonnier d’opinion arrêté en 2014 pour avoir publié un billet de blog dénonçant la discrimination au nom de la religion, a été libérée le 29 juillet après plus de cinq ans de détention arbitraire. Il aurait dû être libéré en novembre 2017 à la suite d’un arrêt de la cour d’appel, mais les autorités l’ont maintenu dans un lieu tenu secret jusqu’à sa libération. Il n’avait que peu de contacts avec sa famille et était privé de l’assistance de ses avocats.


LYBIE


Ainsi, les quotidiens Oéa et Cyrenne, propriétés de la société d’impression, d’édition et de distribution al-Ghad, annoncent en janvier qu’ils paraîtront uniquement en ligne après que l’Autorité de générale de la presse ait refusé leur impression au motif d’un défaut de paiement de factures.

Le 3 novembre, la version papier et hebdomadaire d’Oéa est suspendue à la suite d’une décision du Premier ministre, Baghdadi Ali Mahmoudi. Ces décisions précèdent l’arrestation de 22 journalistes les 4 et 5 novembre et la fermeture par l’Agence de presse privée Libya Press, le 7 décembre, de son bureau de Tripoli.


La libération à la suite de l’intervention du colonel Kadhafi en leur faveur quelques jours plus tard des journalistes arrêtés (Panapress, 9/11/2010) n’arrive pas à camoufler les atteintes à la liberté de la presse, pourtant garantie par la législation libyenne. Le traitement de certains sujets comme la corruption, l’appel au retour d’anciens membres du CCR tels que Abdessallam Jalloud pour y remédier ou la révélation par Libya Press de l’opposition au retour de réfugiés en exil énoncée par certains membres des comités révolutionnaires ont été les motifs avancés pour expliquer cette offensive contre ces nouveaux médias. Quatre journalistes de Radio Benghazi animant une émission spécialisée dans la dénonciation de la corruption sont parmi les victimes de cette offensive. Ils ont été arrêtés le 16 février 2010 et ont été licenciés dans la foulée par le directeur de la radio.

EGYPTE


Le 7 mai, un tribunal a annoncé qu'il avait l'intention de condamner à mort par contumace deux journalistes d'al Jazeera, pour des accusations d'espionnage. Le jugement sera approuvé ou revu en juin après les consultations avec le grand mufti, la plus haute autorité religieuse sunnite du pays, dont l'opinion n'est pas contraignante. Le 23 mai, le journaliste français Remy Pigaglio s’est vu interdire l’accès sur le territoire sans aucune explication. Selon l'ECRF, sur une période de huit mois, entre août 2015 et mars 2016, au moins 540 personnes ont été victimes d'une disparition forcée, dont beaucoup ont été soumises à des actes de torture et à d'autres mauvais traitements.


MAROC – ALGERIE - TUNISIE


En Afrique du Nord, les restrictions à la liberté d'expression perdurent à travers les meurtres de journalistes, la fermeture de stations radio, la régulation des médias, ainsi que l'utilisation de la législation anti-terroriste à des fins de restriction des activités des défenseurs des droits humains.


Les menaces à la liberté d'expression sont multiples ; on notera les assassinats de journalistes ; les lois criminalisant les activités liées à la liberté d'expression, telles que la diffamation; le refus d'enregistrement pour les maisons de presse; et les accusations faites aux journalistes d’être irresponsables et antipatriotiques. Les multiples menaces contre les journalistes mettent en péril la qualité des médias.


Le manque d'indépendance du pouvoir judiciaire signifie un risque accru pour les journalistes. Le lien entre liberté d'expression et indépendance du pouvoir judiciaire interpelle. Alors que les tribunaux sont censés être des partenaires du progrès, ils fournissent des menottes pour les journalistes.


L’absence d’indépendance et le mauvais fonctionnement du pouvoir judiciaire sont à la base de cette situation. Une détérioration de l’état des droits de l'homme dans le Nord de l'Afrique a été illustrée par des exemples de torture, des exécutions extra-judiciaires et des attaques contre la société civile. Au cours d’une session de la CADHP, un représentant d’une ONG a appelé les pays d’Afrique à mettre en place une législation protégeant le droit d’accès à l’information.

Les institutions nationales de droits de l’homme tirent leur fondement légal d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui a conduit à l’adoption des Principes de Paris en 1993. Plusieurs autres sources documentaires permettent également de mieux cerner le statut et le fonctionnement de ces institutions.

La mise en place des systèmes nationaux de protection et de promotion des droits de l’homme doit être nécessaire dans les Etats pour aider ces derniers à l’application effective des normes établies en matière de droits de l’Homme.

Les Etats ont ainsi le devoir de créer les infrastructures et la législation adéquates pour les institutions nationales de droits de l’Homme. Celles-ci ont un rôle consultatif, promotionnel et de surveillance.


Les actions des institutions nationales des droits de l’homme en Egypte


39 organisations qui militent pour les droits humains et du développement ont rédigé un projet de nouvelle loi pour réguler les ONG. La proposition de loi a pour but de garantir l’indépendance des organisations de la société civile égyptienne par rapport à l’État et à son appareil administratif. Elle a aussi pour but de garantir un fonctionnement transparent de ces organisations, dans leurs activités comme dans leurs financements. La proposition de loi prévoit une déclaration des groupes de la société civile et des ONG auprès d’une cour locale de justice, leur régulation relevant du ministère de la Justice. Elle prévoit aussi la possibilité pour ces organisations de créer des réseaux et des groupements locaux et internationaux d’organisations, ainsi que d’en créer de nouveaux.*

Depuis leur formation, les organisations de défense des droits humains ont proposé à de multiples reprises des lois pour faciliter et promouvoir l’action de la société civile, et cette loi s’ajoute à la liste des propositions faites depuis 1985. En 2009, pendant le règne de Moubarak, une loi alternative avait été proposée par le Cairo Institute for Human Right Studies (Institut du Caire pour l’Étude des Droits Humains) et l’Egyptian Organization for Human Rights (Organisation Égyptienne pour les Droits Humains). Cette proposition avait été ignorée par le régime.


La politique du régime Moubarak envers les organisations de la société civile se caractérisait par notamment l’immixtion des autorités administratives et sécuritaires dans les activités de la société civile. Elle continue d’être menée par le régime actuel. C’est au regard de cette réalité que les organisations ont proposé à nouveau ce texte de loi, dans le cadre d’une initiative élargie à de nouveaux groupes.


De plus, une campagne médiatique a été lancée pour salir la société civile, et particulièrement les groupes de défense des droits humains, afin d’attaquer la crédibilité de leurs rapports et de leurs critiques de la politique du Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) et de son gouvernement en termes de droits humains.

Les organisations ont proposé cette loi comme une alternative à la loi actuelle (84/2002), qui donne des pouvoirs discrétionnaires au ministère de la Solidarité Sociale et de la Justice et qui permet à l’appareil sécuritaire d’intervenir dans le fonctionnement quotidien des associations de la société civile et des ONG. Cette proposition de loi alternative a été rédigée sur la base des exigences internationales en la matière, avec en vue le fait de corriger les incompatibilités de la loi actuelle avec ces exigences. Cette incompatibilité est, en effet, une source récurrente de critique du gouvernement égyptien, particulièrement lors de l’Examen Périodique Universel des pratiques de l’Égypte en termes de droits humains menée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en 2010. Une des exhortations faites au gouvernement égyptien à cette occasion a, en effet, été de prendre une loi permettant aux ONG de recevoir des financements extérieurs à l’Égypte sans besoin d’approbation préalable par le gouvernement. Aussi la proposition d’une loi étendant les libertés d’association et de réunion et d’une loi permettant la création de syndicats de travailleurs n’appartenant pas au syndicat unique égyptien, l’ETUF ont été faites.


Les réalisations des institutions nationales des droits de l’homme en Mauritanie

La Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a pour mission principale :

- de donner un avis sur les questions de Droits de l’Homme au Gouvernement, au Parlement et à tout autre organe compétent,

- de contribuer à la diffusion et à l’enracinement de la culture des droits de l’homme,

- de promouvoir et de veiller à l’harmonisation de la législation nationale avec les instruments juridiques des droits de l’Homme,

- de contribuer à la préparation des rapports que le gouvernement doit présenter aux organes et aux comités des Nations Unies,

- de coopérer avec les organes des Nations unies dans le domaine des droits de l’Homme,

- de visiter de manière inopinée les prisons et lieux de détention, d’examiner toutes les situations d’atteinte aux droits de l’homme et d’adresser un rapport annuel sur la situation des droits de l’homme au Président de la République et au Parlement.

La CNDH a tenu plusieurs activités liées à des thématiques comme notamment des campagnes de sensibilisation et des ateliers au profit des organisations de la société civile. Des caravanes de sensibilisation ont aussi été conduites à l’intérieur du pays.

S’agissant du droit d’association, la Constitution mauritanienne garantit la liberté d’association, même si l’exercice de ce droit est, en pratique, soumis à l’obtention de diverses autorisations qui ne sont pas aisées à obtenir.

L’environnement pour la société civile et les ONG s’est amélioré pendant les dernières années, avec une réduction des limitations de leurs activités.

La CNDH recommande cependant l’adoption d’une loi des associations qui prévoit des procédures simples pour leur création et la soumission au système déclaratif pour accorder automatiquement la personnalité juridique aux associations, de sorte qu’elles puissent opérer.

Pour une meilleure prise en compte des problèmes liés aux droits des femmes, la CNDH a organisé plusieurs espaces d’échange avec les associations de la société civile travaillant dans ce domaine et a aussi tenu plusieurs rencontres avec les départements ministériels concernés.


Les réalisations des institutions nationales des droits de l’homme en Algérie

Très attendue, la première Conférence nationale des dynamiques de la société civile, réunie à Alger et à laquelle participaient des collectifs d’associations et de syndicats autonomes algériens, d’idéologies différentes ont adopté un document cadre pour une sortie de crise et une transition démocratique. Le document s’accorde sur l’exigence d’une période de transition d’un semestre à un an, ainsi que l’installation d’une commission indépendante pour diriger, organiser et déclarer les résultats des élections.

Après plusieurs mois de discussion, alors que les algériens manifestaient chaque semaine depuis le 22 février et demandaient un changement de régime, les travaux de cette centaine de personnes réunies dans un local syndical ont été une étape importante.


Trois grands groupes étaient présents dans cette assise :

- la Confédération des syndicats autonomes, qui regroupe treize syndicats et des groupements professionnels,

- le Forum civil pour le changement, composé de 70 associations locales et nationales,

- le Collectif de la société civile, qui réunit une vingtaine d’organisations et de syndicats.

Le texte adopté a été le fruit de vives négociations, notamment sur la modalité de sortie de crise. Il y avait quelques semaines, le Forum civil défendait mordicus une élection présidentielle et une transition sous moins de six mois, tandis que le Collectif de la société civile préconisait, lui, une modification de la Constitution.


Les réalisations des institutions nationales des droits de l’homme au Maroc

Le CNDH dénonce “la faiblesse de la dimension des droits d’Homme dans les politiques publiques dans les domaines économique, social, culturel et environnemental”, estimant que cela constitue “l’une des causes principales de l’accélération des formes de manifestation, dans leurs formes traditionnelles et nouvelles, dans de nombreuses régions victimes de la distribution inégalitaire des fruits de la croissance économique”.

Le CNDH tire la sonnette d’alarme sur le nombre élevé des poursuites judiciaires liées à des relations consenties entre adultes. Pour le Conseil, «les transformations sociétales et les exigences de protection de la vie privée imposent une remise en cause de la criminalisation des relations sexuelles entre adultes». Cette réforme devra préserver la pénalisation de toutes les formes d’exploitation sexuelle, particulièrement contre les mineurs, selon le CNDH.


Le CNDH met l’accent sur la montée des condamnations liées aux droits et libertés. Concernant la liberté de la presse, l’instance conseille de ne pas interroger les sources médiatiques sauf dans certains cas. Dans ce sens, elle appelle également à l’adoption de politiques garantissant un accès transparent à l’information. Des poursuites se sont étendues à plusieurs internautes, sur la base de statuts, de commentaires ou de relais de vidéos. Le CNDH recommande, dans ce sens, de modifier toutes les dispositions du droit pénal relatives à la liberté d’expression, de manière à les conformer à l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elle appelle également à l’ouverture d’un débat public sur «la liberté d’expression, d’opinion et de la presse» avec la participation de tous les acteurs concernés.

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